NOTRE HISTOIRE EN QUELQUES LIGNES

Les chercheurs qui persistent à utiliser l'expression "nouveaux mouvements religieux" pour désigner les minorités religieuses devront classer autrement la Petite Eglise Apostolique Vieille Catholique : celle-ci remonte au XVIIIème siècle.

UNE EGLISE NEE DU REJET DE L'OEUVRE DE LA REVOLUTION DE 1789.

La Révolution française de 1789 suivie du Consulat puis du premier Empire de Napoléon 1er a gravement affecté l'Eglise Catholique en France et dans les pays occupés par l'armée française : ses biens ont été nationalisés, une profonde réforme lui a été imposée, le clergé contraint de jurer fidélité à une Constitution civile. Des évêques et des prêtres ont juré (les jureurs), d'autres ont refusé et sont entrés en clandestinité (les non-jureurs ou réfractaires). Ensuite Bonaparte a tenté une politique d'apaisement en signant en 1801 avec le Pape un concordat par lequel le clergé était salarié de l'Etat et de ce fait dans sa dépendance, ce qui a duré en France jusqu'à la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat du 9 décembre 1905 qui a établi la laïcité (sauf en Alsace-Moselle alors allemande et encore actuellement sous régime concordataire). Bilan : toute la carte ecclésiastique bouleversée, établissement d'une nouvelle hiérarchie à la place de celle de l'Ancien Régime.

Le bouleversement a été étendu dans l'actuel territoire de Belgique occupé par les troupes françaises. Le régime concordataire y reste en vigueur, le concordat de 1827 reprenant l'essentiel de celui de 1801.

Un peu partout, des catholiques ont refusé cette évolution imposée par le pouvoir politique et finalement confirmée par les papes Pie VII et Léon XII quand ils ont signé les concordats. On les appelle louisets en Bretagne, dissidents en Poitou, jansénistes à Lyon, clémentins en Normandie, filochois en Touraine, fidèles en Provence, purs en Picardie, vieux-chrétiens dans le Brabant flamand et à Bruxelles, et stévenistes ailleurs en Flandre belge. L'expression Petite Eglise anticoncordataire s'est imposée. Pie VII l'a déclarée schismatique.

En France, les évêques anticoncordataires ont refusé d'ordonner des prêtres, si bien qu'à la mort du Père OZOUF, en 1847 aux Aubiers (Deux-Sèvres), la Petite Eglise de Vendée n'a plus eu de clergé. Elle a été depuis dirigée par des "anciens" qui, jusqu'à ce jour, ont su instituer une liturgie adaptée et réservée à un public privé et très restreint aux cercles ruraux et familiaux.

En Belgique, l'opposition à la réforme fut menée par Mgr STEVENS, ancien vicaire général de Namur, qui forma des groupes de stévenistes à Sambreville, Namur, Andenne, Huy, Wavre, Halle, Gembloux et Bruxelles. Après la première chute de Napoléon en 1814, il se rallia à Mgr PISANI DE LA GAUDE, évêque de Namur, mais la dissidence persista sous la direction de l'abbé Gilles-François THEYS qui refusait le concordat et considérait que les évêques qui avaient adhéré à ces textes avaient perdu leur légitimité, si bien que la réconciliation avec la papauté devenait impossible. La Petite Eglise se structura alors sous l'autorité d'un Consistoire général.

ESSAIS DE RAPPROCHEMENT AVEC LA PAPAUTE

En 1905, le Parlement français vota la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, annulant ainsi le Concordat de 1801. Une cause mineure de divergence entre la Petite Eglise et Rome disparaissait. Ce fut l'occasion pour le pape S. Pie X de lancer un appel au ralliement.

Mais ce ne fut qu'à partir de 1946 que les choses évoluèrent, à l'initiative du cardinal Gerlier ; dès 1948, le bienheureux pape Pie XII autorisa les fidèles qui venaient se soumettre à ne plus faire abjuration ni déclaration de principe de soumission à Rome. Dans le même élan, les baptêmes et mariages célébrés dans la Petite Eglise étaient canoniquement valides. En 1952, une commission mixte composée de délégués stévenistes et de prêtres catholiques spécialisés en droit et en histoire ecclésiastiques fut installée à l'initiative du Primat de Belgique afin de travailler sur les modalités de retour des stévenistes à l'Eglise romaine, et le 20 décembre 1955, le saint Siège nomma deux visiteurs apostoliques : Mgr DEROUINEAU pour la Petite Eglise du Poitou et Mgr MOREELS pour la Belgique. L'aboutissement du processus fut la lettre du Bienheureux Pie XII aux stévenistes les informant qu'il les plaçait sous l'autorité de Mgr Louis MOREL, archevêque d'Enez (Turquie), et qu'il les invitait à se soumettre à lui. Finalement, le 20 décembre 1965 à Notre-Dame de Pitié (Bressuire), 130 membres de la Petite Eglise acceptèrent de recevoir les sacrements de pénitence, de confirmation et la communion des mains du clergé catholique romain. Mais le rapprochement n'alla pas plus loin.

En effet, la commission mixte avait interrompu ses travaux en 1957 sur un échec : le père spirituel de l'époque, Ernest BAUSIER, qualifiait les tractations de "comptes d'apothicaires" - il exigeait que Rome reconnaisse le bienfondé des réclamations de 1803 contre le concordat comme préalable à toute négociation. En outre, la Petite Eglise refusa d'accepter les réformes introduites suite au concile Vatican II. Plus récemment, le 14ème père spirituel, Jean-Christian VERSTRAET, réaffirma son opposition au maintien du concordat en Belgique.

LA PEAVC : ORGANISATION, REPARTITION GEOGRAPHIQUE

Selon les derniers chiffres publiés en 2019, la Petite Eglise Apostolique Vieille Catholique compte 440.000 fidèles baptisés et/ou catéchisés à travers le monde. Ce nombre inclut également les membres affiliés à la Old Holy Catholic Church de feu Mgr BREARLEY, Eglise avec laquelle elle est en intercommunion depuis 1971. La PEAVC dispose d'un clergé dynamique de 600 prêtres, diacres, religieuses et religieux dont 19 évêques réunis en conseil épiscopal.

Le siège international est sis au 18, rue Théophile Piat à Wavre, en Belgique, à quelques mètres seulement de la Chapelle des Templiers où Mgr STEVENS s'était caché des autorités civiles pendant les années de persécution.

Au sommet de la hiérarchie, un Consistoire général de 8 administrateurs dont l'archevêque-primat Mgr Jean-Christian VERSTRAET et en particulier trois représentants pour la France : Mgr Bruno LAURY, coadjuteur, Mgr Daniel GOURDRE, évêque métropolitain et Mgr Richard FAURE, visiteur apostolique.

CONCLUSION

Nommée Petite Eglise Apostolique Vieille Catholique depuis seulement quarante ans, la PEAVC est en fait ancienne de plusieurs siècles. Née dans la contestation réactionnaire des réformes de l'Eglise Catholique sous la Révolution et l'Empire, elle est longtemps apparue comme un groupuscule en voie de disparition en raison du non-renouvellement de son clergé français, ce qui rendait impossible la célébration d'une messe complète. Après l'échec de son rapprochement avec Rome, elle est sortie de la marginalité en entrant dans la galaxie des églises dites antiochiennes, mais par le biais d'une petite église assez marginale fondée par un prélat lui-même marginalisé, comme hélas bon nombre d'episcopi vagantes.

En ce début de millénaire, la Petite Eglise entend renouer avec ses racines apostoliques orientales. 

Ainsi donc et à l'instar d'autres églises sœurs, la Petite Eglise tend de plus en plus à se démarquer d'un vieux-catholicisme historique qui ne mène aujourd'hui plus nulle part, sinon à créer des équivoques (Mor Ivanios Gabriel, évêque de Saint-Martin d'Antioche, 1972). C'est la raison qui la pousse depuis plusieurs années à se présenter désormais au public sous la dénomination originale de vieille catholique - qu'elle orthographie volontairement sans tiret - afin de se distinguer notamment de l'Eglise Vieille-Catholique de l'Union d'Utrecht.

Le combat spirituel et l'exorcisme occupent une place importante et bien connue dans les pratiques religieuses de la PEAVC. Communauté de chrétiens dynamiques et au service du bien, la PEAVC est aujourd'hui une église engagée et ancrée dans son temps qui confirme sa percée missionnaire dans de nombreux pays du globe.