ENTRETIEN AVEC S.E. MONSEIGNEUR JEAN-CHRISTIAN VERSTRAET

Tiré de « LE MURMURE DES SANS VOIX » (2002) de Mgr Verstraet, 14ème Père spirituel des Communautés de la Petite Eglise Apostolique.

QUELLE DIFFERENCE EXISTE-T-IL ENTRE LA PETITE EGLISE APOSTOLIQUE ET L'EGLISE DE ROME ?

Mgr Verstraet : Au départ de la création de la Petite Eglise, les différences entre ces deux institutions étaient minimes, tout au plus, une question d’organisation interne à l’Eglise. Cependant, le fossé séparant les deux Eglises s’est, avec le temps, élargi, pour des raisons à la fois historiques et dogmatiques.

En deux siècles d’existence, la Petite Eglise est devenue davantage "évangélique" sous l'influence des Anciens, qui firent découvrir aux fidèles, au travers de lectures publiques, les richesses spirituelles de l’Evangile. De plus, éloignée de Rome depuis 1802, la Petite Eglise n’eut pas à subir les effets pervers de la mariologie, ni les dérives des décisions d’un pape devenu, à l’image de Dieu, infaillible, et ce à l’issue du Concile Vatican I (1870).

D’autre part, la Petite Eglise a subi, à partir de 1902, l’influence de l’Eglise Vieille-Catholique de l’Union d’Utrecht dont elle a souscrit à la Déclaration de principes, sans pour autant adhérer à l’organisation ecclésiale. Enfin, les fidèles, privés de la pratique des sacrements et des interdits récurrents aux dogmes de l’Eglise romaine, ont acquis une liberté et une maturité de conscience religieuse qui les éloignent des autres chrétiens.

POUVEZ-VOUS DEFINIR LE RÔLE DU PRÊTRE EN CE DEBUT DE TROISIEME MILLENAIRE ?

Mgr Verstraet : Le prêtre devrait se cantonner au rôle que les fidèles attendent de lui, c’est-à-dire qu’en dehors du service à l’autel, il se doit d’annoncer la Bonne Nouvelle, autrement dit, le Nouveau Testament, qui inclut la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes.

Le prêtre, à l’image du CHRIST pendant sa vie publique, se doit d’imposer les mains pour guérir et secourir ses semblables au nom de Notre Seigneur Jésus. Enfin, il se doit d’exorciser les possédés afin de les libérer des forces du mal qui entravent leur liberté de conscience.

Voilà ce à quoi devrait se consacrer le prêtre. Il en possède les POUVOIRS en vertu des ordres mineurs et majeurs reçus lors de son ordination et d’une filiation apostolique remontant aux apôtres.

COMMENT VOYEZ-VOUS L'AVENIR DE L'OCCIDENT CHRETIEN ?

Mgr Verstraet : En Europe occidentale, nous sommes à la veille de graves bouleversements, et les Eglises n’échapperont pas aux mutations qui se préparent. A la demande des responsables politiques occidentaux, de vastes flux de populations venus du nord de l’Afrique prendront place dans nos pays et remplaceront à terme les populations vieillissantes d’occident. (NDLR : le processus est En Marche...)

Le christianisme, abandonné à la fin du XXème siècle par une majorité d’occidentaux au profit d’une société laïcisante, sera à son tour remplacé par l’islam, car il n’existe pas de société structurée sans religion. Evidemment, dans un monde d’indifférence, mais parfois aussi d’hostilité, subsisteront de petites communautés chrétiennes d’irréductibles. Ils feront figure de marginaux, mais subsisteront malgré tout, à l’image peu enviable réservée dans le monde musulman aux chrétiens des Eglises d’Orient.

Le christianisme trouvera son apogée dans les deux Amériques sous l’influence du protestantisme. Par contre, en Afrique, le christianisme sera également remplacé à terme par l’islam. Cette mutation sera rendue possible par le biais d’énormes moyens financiers issus de l’or noir. L’islam achètera les consciences en nourrissant les ventres affamés. Enfin, en Europe orientale, le christianisme reprendra son expansion grâce à la vitalité retrouvée de l’orthodoxie.

DE NOMBREUX CHRETIENS REMETTENT EN QUESTION LES INSTITUTIONS ECCLESIALES. QUE PENSEZ-VOUS DE CETTE REMISE EN QUESTION DE L'AUTORITE ?

Mgr Verstraet : Je crois que les grandes institutions ecclésiales sont déjà mortes, mais que leurs dirigeants n’ont pas encore assimilé cette réalité. Les récents sondages d’opinion réalisés auprès des chrétiens nous confirment dans cette hypothèse. Il existe un décalage total entre le vécu quotidien des chrétiens et des décisions prises en matière d’éthique par le magistère des Eglises. Cette situation s’amplifie encore lorsqu’il s’agit des jeunes de 15 à 25 ans.

L’avenir des chrétientés se reconstruira, comme autrefois sous les Mérovingiens au VIIIème siècle, autour des Cités du Ciel que constituaient monastères et abbayes. En matière pastorale, l’exemple précurseur de la Petite Eglise, avec ses missions (à la fois havres de paix et polycliniques religieuses), disséminées ça et là dans un océan d’indifférence religieuse, nous donne dès à présent un avant-goût de ce que sera, demain, la pastorale des Eglises subsistantes.

ACCEPTERIEZ-VOUS DES CONCERTS PROFANES DANS VOS EGLISES ?

Mgr Verstraet : Non. Les Eglises traditionnelles sont par essence, et de par leur conception, des instruments de musique. Elles ont été conçues pour recevoir et faire entendre aux fidèles la musique et les chants sacrés, élaborés pour atteindre certaines résonances particulières, hélas devenues inconnues aujourd’hui de nos contemporains.

PRÊTERIEZ-VOUS VOTRE EGLISE OU VOTRE CHAPELLE A UN PRÊTRE CATHOLIQUE ROMAIN ?

Mgr Verstraet : Oui, bien sûr, cela ne pose pas de probème en ce qui nous concerne. D’ailleurs, nous entretenons, à titre personnel, les meilleures relations avec de nombreux prêtres catholiques romains qui partagent avec nous la même conception de l’évolution de l’Eglise du Christ.

POURQUOI L'ENSEIGNEMENT DE JESUS A-T-IL TRIOMPHE UN SIECLE APRES SA MORT ?

Mgr Verstraet :  « Les putains iront au ciel avant vous ». Qui parle ainsi ? Ieschoua, l’Essenien, appelé depuis « Jésus ».

A qui parlait-il ainsi ? Aux plus hautes autorités religieuses. Qui étaient ses disciples ? Des femmes et des hommes, des pauvres, des malades et des éclopés. Et cet homme serait le Messie ?

Le scandale reste entier, inchangé. La raison ? Son enseignement ; celui-ci n’est pas de sucre et de miel, mais de feu et de sel.

Jésus scandalise les religieux de son temps, tout en précisant : « Ne pensez pas que je sois venu détruire, mais accomplir. » S’agissant du sabbat, du jeûne, des purifications rituelles ou du légalisme strict, Jésus fait preuve à leur endroit d’une liberté sans précédent, car pour lui, ce qui libère l’homme, ce ne sont pas les rites. Comme ce qui le dégrade, ce n’est pas d’y manquer ; ce qui importe vient à chaque fois de l’intérieur : « C’est du coeur que proviennent les pensées mauvaises, les meurtres, les adultères, les débauches. C’est cela qui souille l’homme. Mais le fait de manger sans se laver les mains, cela ne le souille pas. » (S. Evangile de St Marc VII, 1 à 23)

Ainsi, mû par la pitié face au mal, devant une femme adultère, Jésus empêche qu’on la lapide.  Il assure au condamné de droit commun qui est crucifié à côté de Lui qu’il sera, le jour même, avec Lui en Paradis. Il enseigne inlassablement que celui qui a faim, soif et froid, qui est malade ou prisonnier, et que l’on a secouru, c’est à Lui-même qu’on l'a fait. Et inversement. Il prévient que celui qui n’est pas secouru, l’opprimé qui n’est pas délivré, le malade qui n’est pas soigné, c’est encore et toujours à Lui, Jésus, qu’on ne l'a fait.

Au nom de quoi ou de qui annonce t-il tout cela ? Au nom du Royaume de Dieu dont Il est l’incarnation. Le Royaume de Dieu n’est en aucun cas une réalité imaginaire promis à des dupes ou des fous pour l’au-delà ni l’arrière du monde, comme le dira F. Nietzsche. Pour Jésus, le Royaume de Dieu est en Genèse, en ce moment, dès ici-bas, dans la durée présente ; il s’agit de l’humanité nouvelle, pénétrée de la vie de Dieu au point d’être transmutée.

Interrogé par les Pharisiens, Jésus répond : « Le Royaume de Dieu ne vient pas de manière spectaculaire, et l’on ne dira pas : Tenez, il est ici, ou là. Car le Royaume de Dieu est à l’intérieur de vous. » (S. Evangile de St Luc XVII, 20-21)